En sortir ! Pour sortir du chômage de masse

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EN SORTIR ! POUR SORTIR DU CHÔMAGE DE MASSE

Texte de Dominique Bourse-Provence, référent national des Patriotes à l’Emploi,
conseiller régional d’Île-de-France et co-référent de Paris

Emploi et politique… Cul par-dessus tête

Il n’existe plus, depuis longtemps, de politique de l’emploi à proprement parler. Nos dirigeants à droite comme à gauche nous parlent exclusivement traitement social du chômage et formation professionnelle.

Traitement social, afin de palier la défaillance de l’assurance chômage dû au nombre massif de chômeurs en fin de droit. Bruno Lemaire ministre de l’économie, ex LR Macron compatible, déclarait début mars 2019, je cite : “il faut que le plan social de Ford soit généreux”. En d’autres termes, la seule contribution dans le champ économique dont est capable l’Etat français aujourd’hui est de mendier plus pour les futurs chômeurs industriels au nombre de 850. Il ne s’agit pas de maintenir les emplois, de mettre en place un plan ambitieux pour commencer à développer enfin une vraie lutte contre la désindustrialisation. Non, coincé par l’Union Européenne et ses directives ultra-libérales à l’extérieur comme à l’intérieur des Etats membres la seule parade de l’Etat est de demander l’aumône à la multinationale Américaine ! Phénomène identique avec l’usine japonaise Ibiden, 300 emplois ; CKB autre usine US avec 162 salariés ; Ascoval, Arjowiggins, Alcatel, Alstom mais aussi Peugeot ; le site d’Hérimoncourt avec 200 salariés officiellement reclassés, mais le diable est dans les détails…

Les mêmes édiles nous parlent aussi très volontiers de formation professionnelle, présentée  comme la solution de tous les maux de l’emploi en France. Il faut accentuer l’adéquation entre offre et demande d’emplois, cheval de bataille du Président à l’enfumage légendaire et en même temps… de quoi parlentils ? D’un stock de chômeurs d’environ 250 000 sur 6 millions de salariés, soit 1/24 du nombre de chômeurs dont les emplois ne sont pas pourvus faute de formation adh’oc. Beaucoup de bruit pour une cause marginale et dont l’exécutif fait son unique cheval de bataille. Fort impact médiatique des deux mamelles de l’action gouvernementale depuis le passage aux 35 heures : formation et traitement social du chômage aux conditions sans cesse réévaluées à la baisse pour le traitement social, à la hausse pour la formation professionnelle. Il est sympathique de voir le verre à moitié plein, mais pas  au détriment de la réalité. Ainsi, il est vrai qu’en 2018, il y a eu plus de créations d’entreprises industrielles que de fermetures. Mais le solde du stock d’emplois demeure négatif sur la  période comme sur toutes les périodes antérieures depuis les années 80, malheureusement. Ces remèdes sont conjoncturels, donc sans effet réel à moyen terme. Tout au plus ces mesures accompagnent chômeurs et chômage, mais sans volonté réelle d’inverser la tendance. C’est le but en fait des exécutifs successifs : occuper ce terrain sans ambition ni volonté particulière, car le chômage de masse est structurel et ils le savent. Mais pourquoi s’arranger avec ce fléau social au lieu de le combattre avec la dernière énergie ? Cette apparente incohérence est le fruit des amours coupables de l’oligarchie financière, des entreprises multinationales et de l’Union européenne. Un triangle qui ne se situe pas aux Bermudes mais près de chez nous. Une jonction d’intérêts financiers, politiques et idéologiques qui encadre un territoire, le nôtre.
 

LA ZONE INTERDITE

Le problème est que ces deux mamelles: traitement social et formation, dont nous devons nous abreuver n’ont jamais étanché la soif qui agite les demandeurs d’emploi.

La zone interdite est l’économie, c’est-à-dire le traitement du chômage par l’économie. La troisième voie sans laquelle les deux précédentes ne sont que des cautères sur une jambe de bois. Une prédominance qui tire sa cause de la dimension politique de toute stratégie économique.

La politique économique est l’expression, par ce qu’elle engage, de la souveraineté de la Nation. Il n’existe plus, depuis longtemps, que des conditions d’emploi – l’exemple le plus récent étant la loi travail – de plus en plus précarisées et un traitement social à la baisse des chômeurs mais pas de politique économique planifiée et concertée avec les acteurs économiques. Cette conséquence est le mauvais fruit d’une cause directe et terrible : la perte de notre souveraineté. 

Une involution génératrice d’un coût social exorbitant dû au caractère universel et multidimensionnel des incidences du travail sur l’ensemble de la société. Les actifs chômeurs au premier chef, puis les actifs occupés à temps partiel fragilisés et précarisés, mais également ceux qui renoncent à chercher, non comptabilisés par Pôle Emploi. Tous ceux enfin, dont la précarisation d’un membre de la famille fragilise la vie quotidienne. Il ne me semble pas excessif, pour prendre la mesure du phénomène, d’utiliser un coefficient de 2,75 par chômeur de façon à rendre compte de l’impact social du phénomène sur toutes ces obscures victimes du marché du travail, dépourvues d’horizon, mais aussi toutes les victimes collatérales qui subissent de plein fouet la baisse de leur pouvoir d’achat quand ils parviennent à finir le mois. C’est ainsi 25% des Français qui sont de près ou de loin déprimés car concernés par les conséquences du chômage. Un français sur quatre ! Tous les comptes de la Nation en sont profondément impactés et ce depuis bientôt deux générations que le chômage poursuit sa massification.

Mal nommer les choses c’est ajouter aux malheurs du monde, ce n’est qu’en essayant de comprendre le sort fait au travail et à l’emploi que j’ai enfin fini par comprendre ce que Camus avait voulu dire. Certains éditorialistes parlent encore aujourd’hui de crise à ce propos, une crise qui s’éternise n’en n’est plus une, c’est autre chose mais quoi? Comment donc mieux nommer le phénomène ? Peut-être devons-nous parler dorénavant d’un actif UE en Gilet Jaune. Dialectique solaire camusienne ! Afin de parvenir à trouver de nouveaux remèdes, en l’espèce sortir du chômage de masse, de la flexibilité accrue du travail, de la baisse du pouvoir d’achat et globalement de l’austérité. Il s’agit de réinventer une croissance des temps présents. Si le chômage n’a évidemment pas commencé sa progression avec le marché commun il s’est fortement développé sous le magistère sourcilleux de l’UE avec la triple contrainte de l’euro, des règles budgétaires et du dogme libéral qui organise la concurrence des entreprises et des salariés en dehors même de la logique du marché (fusion d’entreprises interdites, travailleurs détachés etc…).

Tous n’en meurent pas mais tous en sont frappés…

De fait, qui n’a pas été au chômage ou connu ne serait-ce qu’une période d’inactivité forcée dans sa carrière ? Qui ne connaît pas un proche, son enfant, un ami, un voisin en recherche d’emploi ? La demande de travail est rare dans l’ensemble des secteurs et l’offre abondante. Ces deux variables se croisent à une intersection qui détermine le prix du travail. Malgré les garde-fous légaux, le prix qui en résulte est mécaniquement bas. Il tasse l’éventail des rémunérations, grève le pouvoir d’achat des classes moyennes et populaires. Difficultés pour l’ensemble des salariés victimes de la loi de l’offre et de la demande avec pour conséquence le chantage à l’emploi à tous les niveaux à l’exception des cadres supérieurs. Mais aussi, double peine pour les salariés les moins capés pour trouver à s’embaucher avec un salaire décent. Situation désespérante aussi pour les petits patrons, les artisans, petits commerçants et autres TPE qui trop souvent sont victimes d’une dérégulation et d’une taxation tout aussi sauvage. Mais, effet d’aubaine durable pour les multinationales qui voient leurs coûts stagner et même diminuer sous la pression du marché du travail et la hausse de la productivité, malgré les minimas sociaux. Par onde de choc, du bonheur pour les actionnaires, les marchés financiers et les grosses entreprises défiscalisées. Ces acteurs dictent leur loi à l’économie et au gouvernement. Le Président Macron a pris comme toute première mesure de son quinquennat l’abrogation de l’ISF pour service rendu, afin qu’ils comprennent bien qu’ils n’avaient pas à faire à un ingrat. La Nation, elle, est prise dans la nasse de l’UE à la religion libérale, “dérégulatrice” et profondément “austéritaire”. En face le mouvement des Gilets Jaunes exprime une conjonction d’intérêts originaux entres les classes populaires et les vraies classes moyennes, c’est-à-dire celles composées des artisans et des petits patrons de toute nature.

L'emploi est-il soluble dans le progrès technique ?

Il est donc urgent de redonner au politique ses lettres de noblesse aussi dans le domaine économique et toute la responsabilité qui lui incombe dans l’état des choses et de la société. La primauté de l’UE sur la politique Nationale est partout à l’œuvre avec son armée de commissaires, techniciens, experts et spécialistes de tous poils jamais élus – les électeurs des Etats membres votent pour un Parlement sans pouvoir – et qui sous prétexte de compétences, dérobent le pouvoir aux politiques avec leur complaisante complicité. Pourtant, ces derniers sont les seules personnes légalement et légitimement habilités à décider et agir dans le cadre du bien public.

Aborder la question du travail c’est aborder le rôle du progrès technique dans l’économie réelle, celle qui construit, produit, cultive et élève. Le progrès technique est un outil dynamique qui amène souvent le meilleur en termes d’innovation et de mécanisation. Il soulage de la pénibilité du travail, permet des gains de productivité, augmente l’efficacité et l’efficience des efforts de chacun. Ce progrès technique n’est pas neutre, il s’inscrit au contraire, dans les transformations des comportements professionnels et privés et diffuse dans l’ensemble de la société.

Pas de culture sans progrès technique/pas de progrès techniques sans culture.

Nous assistons aujourd’hui à une véritable anarchie dans l’explosion des innovations. Notre propos n’est pas de rejeter en bloc toute modernité comme les adeptes de la croissance zéro qui développent des objectifs de feuilles mortes revenant régulièrement tourbillonner sous nos yeux à espaces réguliers depuis 1967 pour finir fatalement à terre. Et c’est justice, car des idées qui n’ouvrent pas les vannes des projets qui donnent un sens propice au rêve sont sans avenir. Mais le progrès pour être souhaitable doit être porteur d’un mieux-disant social, sans lequel aucun calcul économique ne vaut. Une croissance intrinsèque, génératrice d’emplois à partir d’un progrès maîtrisé et vertueux sur le plan écologique. Cet enjeu est l’avenir indépassable de notre modernité et nous verrons que c’est possible à condition de retrouver notre liberté politique et notre souveraineté économique.

L’erreur du club bobos-écolos de Rome s’explique tout entière dans une dérive idéologique qui agite encore aujourd’hui le courant de l’écologie politique et explique les échecs de ses tentatives d’autonomie idéologique pour finir dans son absorption dans les partis de gouvernement. C’est l’époque où plus globalement le progrès technique (donc la croissance) devient un enjeu politique majeur des partis de gouvernement. Il consiste dans l’existence largement artificielle d’une soi-disant ligne de fracture idéologique entre progressistes de gauche amis des travailleurs et conservateurs de droite plus soucieux de la protection du capital et de la propriété. Les premiers d’abord réfractaires à tout changement puis bientôt au contraire piaffant devant les innovations sociétales et les seconds traçant le chemin à peu près inverse. Or, depuis des décennies la droite et la gauche sont solubles dans le progrès technique. Et c’est tant mieux ! Personne ne peut donc s’en prévaloir à titre unique et prioritaire comme relevant de son ADN. Aucune idéologie ne peut donc en tirer raisonnablement sa légitimité. Dans ce domaine comme dans de très nombreux autres, une fois dissipée le brouillard du présent, nous distinguons mieux les contours de ce mirage politique qui a consisté à nous faire croire à des catégories distinctives entres les partis de gauche et de droite aux affaires. Ainsi sur le front de l’emploi la gauche privilégiant le traitement social et la droite la croissance génératrice d’emploi.

Depuis la création du quinquennat par Jacques Chirac et ses pseudo-alternances, le progrès technique (avec son corollaire la croissance) a été la grande Arlésienne de notre modernité : quand il n’est pas là tout le monde l’espère mais quand il est présent, il est produit ailleurs donc il manque encore. Les politiques l’ont davantage attendu qu’ils ont provoqué sa venue. Or la logique théorique progrès technique/croissance/emploi, pour être juste, nécessite malgré tout un environnement propice que seul un Etat souverain et intervenant peut favoriser et rendre possible. Et ce n’est pas le volant budgétaire très contraint par le traité de Maastricht (maximum d’un déficit de 3% du budget mais en fait à géométrie variable comme l’a prouvé très récemment Pierre Moscovici le commissaire européen au budget) qui peut permettre à une nouvelle équipe fraîchement arrivée au pouvoir de se distinguer de la précédente aux manettes, puisque cette marge de manœuvre est de l’ordre de 5% du budget de l’Etat. Ceci renvoie aux politiques conjoncturelles d’adaptation qui permettaient, lorsqu’il existait encore une croissance de 2,5/3%, d’envoyer un signal de nature économique ou sociale en début de mandature aux catégories sociales qui les avaient élus. Rapidement ce volant financier s’est réduit par la faiblesse de la croissance économique 1% ou 2% maximum. C’est alors que les signes distinctifs envoyés à l’électorat gagnant sont devenus sociétaux surtout à gauche pendant que le traitement économique et social du chômage devenait quasiment identique et inexistant entre droite et gauche après l’adoption des lois Aubry sur les 35h.

Longtemps, le progrès technique a ainsi permis de maintenir un semblant de divergence entre les courants politiques mais la disparition des fruits économiques de la croissance à mis un terme forcé à ce simulacre et la convergence de ces politiques apparaît désormais au grand jour même aux chroniqueurs médiatiques les plus malvoyants par malveillance.

Concomitamment le mouvement multiséculaire de la mondialisation s’est accéléré sous l’effet des innovations techniques (produites de plus en plus ailleurs), et de l’hégémonie libérale. Dans un contexte d’ouverture des frontières, de traités internationaux favorisant la liberté des échanges dans le cadre de l’organisation mondiale du commerce, de Maastricht et de la construction de l’union monétaire européenne, la production du progrès technique est devenue pour la première fois un enjeu planétaire. Le déclin des conditions sociales de la performance économique de la France pour le grand nombre date de cette époque avec une évolution à court terme en dents de scie mais toujours sur un trend à la baisse.

Le progrès technique représente la variable structurelle de la croissance et la mesure de sa contre-performance conjoncturelle est la courbe du chômage dont le président Mitterrand a scellé le sort déclarant le 14 juillet 1993 en matière d’emploi on a tout essayé. Il s’est gardé d’ajouter -sans faire d’anachronisme mais pour simplement actualiser ce qu’il ne pouvait pas dire de toute façon – dans le cadre de ce qu’est devenue l’UE, lui consacrant par là même un caractère indépassable. Il s’en est ensuite expliqué et c’est à cette occasion que fût officialisée l’idée du partage du travail (les Allemands n’en n’ont jamais voulu et 9 ans après naissait l’euro…), la réforme des 35 heures qui suivit en France venait donc palier l’inefficacité confessée des traitements économiques et sociaux du chômage. De tous les renoncements de la volonté, celui-ci pèse d’un poids particulier car depuis lors aucune tentative sérieuse n’a été entreprise pour inverser le cours des choses concernant la courbe du chômage. Et le recul nous permet également d’apprécier l’inefficacité des 35h en termes de création d’emplois puisque les économistes situent la fourchette entre 200 000/300 000 créations d’emplois.

Le marché a depuis de proche en proche gagné toutes les sphères de la vie privée. La marchandisation est désormais sacralisée en lieu et place de ce qu’il n’y a pas si longtemps s’arrêtait pour beaucoup au seuil de l’intime, la conception de la vie, la performance sportive, la culture, l’art, le spectacle etc…. Bien sûr un modèle économique existait qui distribuait la valeur mais il n’était pas la mesure de toute chose. A l’ombre du marché le progrès technique a continué à modeler l’ensemble du système productif, mais aussi la production des services sous ses formes les plus modernes automatiques et numériques jusque dans nos moindres habitudes, il a transformé également l’économie de pans entiers d’activités industrielles, commerciales, agricoles, sociales, culturelles, artistiques. Un progrès technique omniprésent avec la complicité de la main invisible d’un marché omnipotent et rien d’autre, c’est-à-dire un Etat aux abonnés absents qui n’influe pas sur l’activité économique en termes d’emploi.