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Le chômeur en figure de l’écorché vif. Texte de Dominique Bourse Provence, référent national à l’Emploi.

Le chômeur en figure de l’écorché vif

Texte de Dominique Bourse Provence, référent national à l’Emploi.

La Toussaint noire des chômeurs qui disparaissent des radars de l’UNEDIC et bientôt de ceux de Pôle-Emploi…

Le 1er novembre 2019 la réforme de l’assurance chômage est entrée officiellement en vigueur. Elle concerne 1,5 million demandeurs d’emplois: 200 000 privés d’allocations chômages dès maintenant et 1,3 million qui verront leur allocation chômage subir une baisse de 25% environ du montant initial à partir du 1er avril 2020. Au total cette réforme, qui selon Murielle Pénicaud s’inscrit dans la lutte contre la précarité (sic), touche la moitié des demandeurs d’emplois indemnisés par l’UNEDIC via Pôle-Emploi. Les prérequis de la couverture assurancielle obligatoire sont donc aggravés pour les demandeurs d’emploi:
Pour être éligible comme demandeur d’emploi au titre de l’assurance chômage il faudra avoir travaillé six mois au lieu de quatre (soit désormais 910 heures, ou 130 jours)
la période de référence, celle sur laquelle l’UNEDIC se penche pour comptabiliser les heures passées à travailler, baisse de 28 à 24 mois.
Ainsi certains chômeurs qui, dans l’ancien système, auraient pu être indemnisés en ayant travaillés par exemple 6 mois sur les 28 derniers mois, n’auront plus accès à l’assurance-chômage. Auparavant, il fallait avoir travaillé en moyenne un jour sur sept pour ouvrir ses premiers droits. Il faudra désormais avoir travaillé un jour sur quatre.

Tous n’en mourraient pas mais tous étaient frappés!

L’objectif annoncé de la réforme : économiser 3,4 milliards d’ici fin 2021. Il s’agit d’équilibrer les comptes et subsidiairement de monter la pression sur les demandeurs d’emploi toujours soupçonnés d’être responsables de leur situation. Des économies drastiques qui seront entièrement financées par les cotisations versées par les salariés et surtout par les plus précaires d’entre eux – en intérim ou en CDD- puisque ces derniers seront de fait tenus à l’écart de toute indemnité par les nouvelles règles. Et ce n’est pas l’indemnisation des salariés démissionnaires ou des travailleurs indépendants après passage devant une commission ad’ hoc qui peut faire illusion concernant la volonté du gouvernement. Il s’agit plutôt de l’expression d’une démagogie libérale pour oublier le caractère déséquilibré du contrat de travail.
Ici nous ne développons pas un point de vue partisan ou moral sur le profil type du chômeur. Il n’existe pas de profil type, une fois donné les statistiques, il n’existe plus que des individus particuliers avec leurs problématiques spécifiques. Donc le demandeur d’emploi n’est ni un profiteur ni une victime. Il est les deux à la fois et peu importe car ce qui compte ce sont les règles du jeu qui doivent être le plus clair possible et bouger le moins possible de façon à permettre aux acteurs sociaux de développer des stratégies dans un contexte réglementaire stable. Ici comme ailleurs, la loi doit servir le plus grand nombre en fonction des mérites de chacun sinon elle ne vaut pas une heure de peine. Evidemment c’est tout l’inverse auquel nous assistons car en matière de droit du travail tout change sans arrêt. C’est vrai depuis le quinquennat Hollande encore accentué dans le même sens libéral de plus de flexibilité avec réduction de la sécurité sous la présidence Macron.

Je ne crois qu’aux statistiques que j’ai trafiquées moi-même.

W. Churchill.

Dans son dernier point de conjoncture début octobre, l’Insee, table sur plus de 260.000 créations nettes d’emplois pour 2019 dans le cadre d’une croissance du PIB (+1,3%) et d’un taux de chômage catégorie A en baisse à 8,3% pour le deuxième trimestre 2019. Nous ne croyons pas à ces chiffres et à cette baisse du chômage! L’INSEE c’est un peu l’IGPN des comptes sociaux de la Nation. C’est-à-dire un organisme d’analyse économique et d’études statistiques totalement sous le contrôle de l’Etat avec un conseil d’administration dépendant à 100% de ce dernier. Tout comme la DARES, organisme d’études et statistiques du ministère du Travail qui donne pour la même période des chiffres différents avec un écart de plus de 20 000 salariés. Des chiffres qui sont donc sujets à caution ou plutôt des chiffres exacts mais obtenus à partir d’analyses, de classifications, de projections et autres consolidations qui permettent aux chiffres d’aller dans le bon sens, celui voulu par l’exécutif. Un tour de passe-passe brillant, de l’équilibrisme de haut niveau qui porte sur des indices politiquement sensibles. La publication par exemple de l’indice de l’inflation systématiquement minimisé, c’est vrai aussi bien sûr du taux de chômage – catégorie A des chômeurs: 3,5 millions c’est le chiffre privilégié et médiatisé- ceci évacue en grande partie d’autres types de recensement. Utiliser les catégories B, C, D, permet d’en comptabiliser 6 millions, de même la notion de halo de chômage monte le nombre à 9 millions. D’ailleurs l’INSEE a été prié par le gouvernement de ne plus donner d’indice mensuel mais seulement trimestriel depuis 2018. Tout ceci pour sortir du guêpier de François Hollande qui avait commis l’imprudence de lier un second mandat à la baisse du chômage. Malgré les prestidigitateurs du staff de l’INSEE à l’impossible nul n’est tenu… La leçon est comprise mais aujourd’hui l’exécutif parle d’une possibilité d’être à 7% de chômeurs à l’issue de la mandature. Prudence, prudence…Mais
Patatras! Parfaite illustration de ce qui précède et pour gommer toute éventuelle mauvaise foi de votre serviteur, dès aujourd’hui, 14 novembre les chiffres du chômage en baisse sont démentis par les mêmes et de 8,3 en baisse de 0,2% nous repassons à + 0,1 soit non plus une baisse mais une augmentation à 8,6% des chômeurs de catégorie A, un différentiel de 0,3% environ, 12 000 personnes égarées entres les flux entrants et sortants et comme en apesanteur quelque part entre L’INSEE et la DARES… Avant cette correction officielle, lorsque l’on était encore par la magie des chiffres dans un second trimestre de baisse du chômage, la raison avancée par les spécialistes et autres experts économiques politiquement correctes pour justifier une nouvelle baisse, était la moindre dépendance de la France aux influences de la conjoncture internationale. Lorsque la crise vient d’ailleurs elle nous frappe moins et plus tardivement surtout, car nous sommes moins engagés que l’Allemagne dans les échanges internationaux. En d’autres termes nos résultats ultra-déficitaires en matière import/export nous protègent! Un raisonnement parfaitement absurde qui consiste à faire d’une faiblesse structurelle gravissime un atout, en oubliant au passage le déficit abyssal de notre balance commerciale et le simple bon sens qui en déduit que ce qui est vrai en période de crise l’est tout autant en période de reprise économique. Ce qui fait de la France et de la zone euro la lanterne rouge de la croissance économique des pays de l’OCDE.

Renoncement et soumission

Jamais dans l’histoire sociale de notre pays une telle brutalité n’avait été mise en œuvre contre les demandeurs d’emploi bénéficiant de l’assurance chômage. Le MEDEF se frotte les mains en pronostiquant une forte baisse du chômage de complaisance! Bien sûr quel intérêt de pointer à Pôle-Emploi lorsque l’on est plus indemnisé? Le bon coin ou l’APEC font très bien l’affaire! C’est effrayant et sans précédent, mais ce véritable dépouillement des chômeurs assurés sociaux de quoi est-il le nom? Renoncement et soumission.

Renoncement à la dimension anthropologique du travail comme fondement de l’appartenance à une collectivité humaine. Tous les demandeurs d’emploi exclus du système de l’assurance vont se reporter sur les minima sociaux et vont grossir les rangs des allocataires du RSA et des 15% de pauvres en France, chiffre jamais atteint et qui mieux que tous les discours nous montre l’ampleur de la catastrophe. Masse informe et disparate de tous les assistés sociaux. Ceux-là vont ainsi perdre la dignité que confère le travail et l’appartenance à la population active. Pire, ils vont demain percevoir un revenu universel, car c’est dans les cartons du gouvernement.

Soumission à un marché qui sans l’Etat ne fait plus société. A l’UE qui nous empêche toute souveraineté financière avec l’euro, toute souveraineté budgétaire à cause des critères de convergence, toute souveraineté économique à cause de la sacro-sainte libre concurrence et donc empêche tout redéploiement industriel. Soumission à toutes ces contraintes qui nous enferment dans un absurde dilemme du prisonnier dans l’espace du marché unique, dont le chômeur devient la figure majeure, véritable écorché vif sur l’autel de la volonté politique abolie.

Pénélope (atelier: intérieur nuit)

Essayons de tirer les fils de cette catastrophe humaine sans précédent en temps de paix. Mais c’est vrai, nous l’avons vu, nous ne sommes pas vraiment en temps de paix car sévit la guerre économique et l’affrontement des classes. Telle Pénélope essayons de “détisser” les fils entremêlés des causes premières afin de remonter jusqu’aux racines du mal susceptibles d’expliquer ces 14000 fantômes socialement mort puis biologiquement rayés prématurément du nombre des vivants et des millions d’autres chômeurs parfois victimes du même funeste sort. Sans oublier la cohorte des suicides professionnels chez les paysans, les fonctionnaires et combien d’autres métiers en souffrance…Dans le cadre des lois El Komri, des ordonnances Macron et de la réforme de l’assurance chômage. Malgré l’avalanche des misères qui accablent les Français aujourd’hui, leur première préoccupation demeure le pouvoir d’achat et l’emploi. Nous pouvons comprendre cette constance sondagière puisqu’il s’agit en effet pour les chômeurs de longue durée littéralement d’une question de vie ou de mort.

Désindustrialisation massive et accélérée bien sûr, mais aussi expropriation de nos activités économiques, de nos marques, de notre patrimoine immobilier et jusqu’à nos terres: la France open bar! Toute l’année.

Désindustrialisation
Tout le monde le sait car tout le monde le dit et l’entend à longueur de journaux et de plateaux télé. Le phénomène de chute de l’emploi industriel qui a touché la France ces quarante dernières années est massif et continu. L’industrie française est passée de 7 à 3,5 millions d’emplois, soit une baisse de moitié en trente ans. La part de l’industrie dans l’emploi total a reculé de 13 points passant de 24 % à 11 %). Un rapport de la direction générale du Trésor, paru en 2008 et intitulé  La désindustrialisation en France,  a tenté d’expliquer et de quantifier l’impact des externalisations sur la désindustrialisation. Les auteurs estiment que l’externalisation, c’est-à-dire le mouvement de rentabilité à court terme, pousse l’entreprise à délaisser les activités annexes à son cœur de métier pour les confier à une entreprise spécialisée dans le domaine, plus efficace et efficiente même après avoir dégagé sa marge brut. En 1990 EDF comptait encore tous les métiers du monde dans son entreprise. Lorsqu’elle avait besoin de n’importe qu’elle compétence, elle puisait dans son vivier de main d’œuvre…Cette externalisation ne représente selon les experts que 5 % de la désindustrialisation alors que le différentiel de productivité – qui concerne les entreprises qui externalise leur production en délocalisant leur cœur de métier à l’étranger – la porte à 65 %! Les effets des délocalisations sont donc en grande partie responsables de la désindustrialisation massive. Phénomènes auxquels il faut ajouter l’effet domino de la perte des compétences, des savoir-faire, de la mémoire ouvrière et de toutes les disparitions d’industries annexes et connexes indispensables à la chaine de production. C’est ainsi qu’aujourd’hui tous les ingénieurs formés dans les meilleurs écoles n’ignorent rien de la désormais célèbre “supply-chain”, c’est-à-dire toute l’ingénierie très complexe qui permet notamment de reconstituer le puzzle des partenaires d’une fabrication disséminés aux quatre coins de la terre en fonction des coûts de production. Une autre partie du processus de chute de l’emploi industriel s’explique par une évolution importante des gains de productivité enregistrés dans l’industrie réduisant les besoins de main-d’œuvre dans ce secteur, à volume produit constant, par le jeu de l’automation et de la robotique, même s’ils existent moins de robots en France que chez nos concurrents. Enfin et surtout l’impact de la concurrence étrangère a fortement contribué à la baisse de l’emploi industriel en France. Dans des secteurs traditionnels comme la métallurgie, le textile, la mécanique, la chimie, les parts perdues dans ce jeu à somme nulle ont été en totalité récupérées par nos concurrents parfois pays émergents mais beaucoup plus souvent nos “partenaires” directs, membres de l’UE, en fait nos véritables concurrents, et parmi eux en tête de peloton l’Allemagne!

La farce Franco-Française du couple Franco-Allemand

Une image ressassée sans cesse par la presse. Un chapeau de presse accrocheur? Une image saisissante? Une volonté partagée? Une réalité d’après-guerre née de la volonté commune des deux anciens ennemis? Rien de tout cela. De ce côté du Rhin il y aurait un couple Franco-Allemand que l’on ignore totalement de l’autre côté. Pour être en couple il faut impérativement être deux! Même pour le moins genré des observateurs et quel que soit le sexe des protagonistes. Curieuses relations de ce “couple” fantôme où prévaut la concurrence et le rapport de force sur toutes autres considérations. Nous avons ainsi cru créer l’UE puissance économique à même de concurrencer les géants du monde – la taille des marchés par le volume des consommateurs comme variable discriminante jusqu’à l’obsession- et nous n’avons fait que créer les conditions d’une concurrence déloyale avec nos voisins directs d’Europe du nord sur la base d’une monnaie unique non adaptée à notre économie nationale. Nous avons créé également un dumping social et fiscal des salariés, de nouveaux paradis fiscaux pour les entreprises qui peuvent en profiter, comme s’il n’y en avait pas déjà suffisamment! Et jusqu’à une lutte intergénérationnelle aux deux extrémités de la pyramide des âges: main d’œuvre fraîche de la jeunesse du sud vers les pays du nord de l’UE et tactique de ces mêmes pays gagnants de l’UE afin de conserver leurs retraités nationaux et éviter de les voir massivement émigrés vers les pays du Club Med, paradis du troisième et quatrième âge que sont le Portugal, la Grèce et l’Espagne. La liberté de circulation tant vantée des capitaux, des hommes et des marchandises provoquant dans l’espace concernée la concurrence de tous et de tout au détriment des équilibres nationaux et au profit exclusif au bout du compte des entreprises multinationales apatrides et d’un Etat l’Allemagne dont l’économie est totalement adaptée aux échanges mondiaux et aux traités internationaux industriels et agricoles.

Simul et singulis

Être ensemble et être soi-même, magnifique devise de la Comédie Française portée fièrement depuis 1680. Un gage de longévité qui en a fait la troupe de théâtre toujours en activité la plus ancienne au monde. Tout ne tient pas assurément à ce symbole et l’Etat ici joue son rôle, mais grâce aux symboles rien ne se délite totalement. Une telle devise ne peut certainement pas s’appliquer à la construction européenne car elle en représente l’exact opposé, oxymore parfait aussi pur qu’un soleil noir. En effet, les membres de l’UE sont privés de la possibilité de choisir: Être ensemble ou être soi-même… Et bien sûr, perdre son âme ne devrait pas être une option de nos gouvernants.

Dans ce contexte notre désindustrialisation cumule ses effets négatifs et prive les secteurs innovants à fort recherche-développement du passage de la recherche à l’innovation puis la fabrication. L’industrie est dépourvue en outre du soutien financier de l’Etat qui n’a plus la volonté et les moyens d’être stratège dans le cadre de l’UE. La conséquence est une impuissance à produire l’innovation et par conséquent notre condamnation à voir les dépenses des consommateurs Français servir à créer les revenus de nos concurrents. En soit, rien de choquant à cela car l’économie abandonnée aux seuls forces du marché est toujours la guerre de tous contre tous. Ce qui est inadmissible c’est que cette concurrence s’exerce dans l’espace de l’UE, un espace qui nous emprisonne avec la complicité de nos gouvernants. Alors que cette institution nous a été vendue comme devant nous rendre l’égal de l’Amérique en annonçant le crépuscule de l’ hégémonie dollar. Mais n’a-t-on jamais vu un dirigeant Américain travailler à l’affaiblissement de son propre pays? Or dès 1951 dans Paris-Match Eisenhower déclarait sans ambages:

Rien ne pourrait nous être plus agréable qu’une fédération d’Etats européens.

En fait, depuis 1957 les USA ont toujours fait la cuisine et les membres de l’UE la vaisselle. Marie-France Garaud, à juste titre, considère notre temps comme celui ou la France a perdu sa souveraineté et l’Allemagne a reconquis la sienne.

Tout naturellement la conséquence est une Allemagne de plus en plus impériale qui demande désormais une expression politique à la hauteur de son hégémonie au sein de l’UE et de son rang de troisième puissance économique mondiale: dissuasion nucléaire commune avec la France, chaise tournante avec la France au conseil de sécurité de l’ONU, défense européenne intégrée, politique budgétaire commune… Terrible danger qui risque à court terme de nous accabler encore davantage car l’étau de l’Europe fédérale se resserre un peu plus chaque jour.

Assez incroyable, aujourd’hui les mêmes ou leurs homologues de la dernière génération politique nous vendent avec aplomb la même recette vis-à-vis de la Chine en lieu et place de l’Amérique…

Avec toujours le même raisonnement en terme de marché, c’est-à-dire purement et exclusivement quantitatif. Même enfumage, même conséquence prévisible qui fait de l’UE le vrai danger mortel pour notre existence en tant que Nation puissante et libre. Certaines lectures anachroniques sont saisissantes et nous permettent d’échapper à l’esbroufe diplomatique d’Emmanuel Macron, véritable histrion des chancelleries. Ainsi Gérard de Reynevald, diplomate du roi Louis XV, confiait en 1774 un désespoir que l’on peut sans peine partager avec lui à deux siècles et demi de distance:

Il s’était établi chez toutes les Nations l’opinion qu’il n’y avait plus en France ni force ni ressources. L’envie qui jusque-là avait été le mobile de la politique de toutes les cours à l’égard de la France dégénéra en mépris.
Le cabinet de Versailles n’avait ni crédit ni influence dans aucune cour.
Au lieu d’être comme autrefois, le centre de toutes les grandes affaires, il en devient le paisible spectateur. On ne comptait même plus pour rien son suffrage ni son approbation.

La France s’affaisse et au lieu de fuir son mauvais génie, l’UE, Macron fait tout pour le renforcer alors que sa faillite est totale. Un échec planétaire sur le plan économique évidemment mais aussi sur le plan des idées économiques libérales. En effet, qui aujourd’hui, à part l’UE, continue à répéter les mêmes poncifs sur le libre-échange et la liberté des échanges internationaux, dogme indépassable et religion européiste tyrannique, psalmodiés à tout propos comme de véritables moulins à prière Tibétains. Les peuples européens de l’Europe des six, traumatisés par la guerre, ont peut-être été les seuls à y croire en 1957 ? Mais assurément seuls en 2019 les Allemands veulent encore y croire.

Une guerre douce car sans mort mais une guerre néanmoins féroce.

C’est ce que Mitterrand retenait de nos relations avec l’Amérique dans une manière de testament politique peu avant sa mort. Une guerre économique que l’UE a perdue assurément aujourd’hui. L’Amérique de Trump abandonne l’UE et nous considère via l’Allemagne comme un adversaire économique à contenir. Pragmatique et beaucoup moins idéologique que l’UE, alors même qu’ils ont puissamment favorisé la construction européenne à l’époque de l’après-guerre où l’économie Américaine avait besoin de partenaires commerciaux dans le prolongement du plan Marshall. Avec la complicité sans faille de Monnet et Schuman, dont il va falloir commencer à penser à déboulonner les statuts et débaptiser les artères de nombreuses villes françaises. Les Américains renoncent désormais largement à la liberté des échanges internationaux et se protègent quand leurs intérêts sont menacés, ce qui est pour le moins légitime. Ainsi le président Américain, si décrié par les milieux bien-pensants internationaux, rompt sa doctrine commerciale du libre-échange, vieille exactement de deux siècles, avec la même arrogance tranquille qu’Andrew Jackson président des USA lorsqu’il déclarait en 1820:

Nous allons nous prévaloir de notre droit au libre échange et ouvrir le marché aux produits de notre sol afin d’égaler les exploits de Rome.

Une époque où nous étions la Chine de l’Europe, une époque où l’Amérique comptait six millions d’âmes et la France dix-huit. Donc la taille n’est pas toujours décisive, encore faut-il pour vaincre une bonne dose de volonté politique… On la chercherait en vain chez les commissaires européens pauvres clercs tous occupés à appliquer à la lettre l’idéologie libérale à l’intérieur comme à l’extérieur de l’UE et de la zone euro. S’il n’en reste qu’une poignée, ce seront eux, les derniers des euros-libéraux-gaga, il est vrai que pour eux au regard de leurs indemnités de fonction la soupe est bonne!

Une guerre économique avec l’UE contre la Chine que nous perdrons donc demain de la même manière que nous l’avons déjà perdue hier avec l’Amérique car jamais l’euro n’a concurrencé efficacement le dollar… Et pendant ce temps nos richesses et vraies enjeux de Nation libre sont laissés en jachère. En tout premier lieu notre nécessaire ré-industrialisation, notre autonomie alimentaire, le développement de la transition écologique, le potentiel de l’outre-mer libéré des contraintes absurdes de l’UE dans l’Océan-Indien, Atlantique comme dans le Pacifique, mais aussi l’enjeu de la Francophonie qui semble n’intéresser personne et qui constitue pourtant un levier majeur parce qu’il est culturel et moral:

Les moyens de la Chine sont virtuellement immenses. Il n’est pas exclue qu’elle redevienne au siècle prochain ce qu’elle fut pendant tant de siècle, la plus grande puissance de l’univers. Et les moyens de la France sont eux aussi immenses parce qu’ils sont moraux.

Charles de Gaulle.

Suite au prochain numéro…