Covid-19/ Plan Ségur de la Santé : un placebo


Tribune de

David Vidal Ponsard

Référent National Les Patriotes aux solidarités

Pôle d’expertise des Patriotes

Les réformes conduites par les gouvernements successifs, depuis plus de 15 ans (droit des malades (2002), réforme de simplification (2003), grands plans hôpital (2007 et 2012) ont considérablement paupérisé l’Hôpital public en affectant aussi bien les conditions de travail des personnels soignants que la garantie des patients à être soignés au mieux.

Le manque d’effectifs et la rigueur budgétaire appliquée au système de santé, alors qu’il s’agissait de faire face à une activité croissante,  a peu à peu mené le personnel soignant à un malaise généralisé.

Depuis 2005, ce sont 8,6 milliards d’euros d’économies qui ont été imposés aux établissements de santé, alors que, dans le même temps, l’activité augmentait de 5% par an. 4200 lits ont été fermés en 2018 (nombre de lits fin 2019 : 395 670) ; 11 maternités ont été supprimées (a ce jour, 492 maternités). Le nombre de patients pris en charge aux Urgences est passé de 10 millions en 1996 à 21,8 millions en 2018.

Avec l’arrivée de la Covid-19, nos hôpitaux sont passés de l’austérité à la pénurie et, ainsi, les carences de notre système de santé sont devenues manifestes.

La catastrophe a été évitée de justesse grâce au dévouement sans limite des soignants, malgré un manque cruel de dispositifs de protection. Oui l’hôpital a tenu, le personnel a tenu… mais dans quelles conditions ?

Bien qu’une enquête parlementaire ait été diligentée, aucun audit ne sera mené sur les politiques ayant conduit à la fragilisation extrême de l’hôpital public. Ce sont pourtant bien ces politiques, conduites successivement par les gouvernements de droite comme de gauche, qui ont engendré, tout au long des dernières années, la pénurie de lits, le manque personnels et de dispositifs de protection, tels les masques…

Manifestement, la santé publique n’est pas la priorité des politiques publiques. C’est au contraire le gain « part du marché » qui guide leur stratégie : une doctrine selon laquelle nous n’aurions plus les moyens de notre système de santé et de protection sociale.

Les Patriotes, aux côtés des soignants depuis le début de leurs revendications, proposent de remettre sur pieds une politique de santé ambitieuse assurant à tous, sur l’ensemble du territoire national un accès aux soins qui soit rapide et de qualité, par un investissement massif dans l’Hôpital public et les maisons de santé, ce qui suppose, ici comme ailleurs, de rompre avec l’austérité que nous impose l’Union européenne.

La dépendance, quant à elle, doit faire l’objet d’une nouvelle branche de la sécurité sociale pour être prise en charge efficacement.

La générosité de notre pays doit s’exercer largement, en particulier envers nos compatriotes en situation de handicap, aujourd’hui oubliés de nos responsables politiques.

Les Patriotes souhaitent que les services de santé soient rétablis et développés dans la ruralité, les petites villes et les banlieues, ce qui exigera, sans que soit portée atteinte au statut libéral des médecins, de mettre en œuvre des obligations d’installation dans les « déserts médicaux » pour les débuts de carrière.

Les revalorisations salariales (+180€ soit 60% du montant des revendications) significatives, mais limitées, actées par la première partie du “Ségur de la santé” qu’a voulu le chef de l’Etat, ne permettront pas de rejoindre la moyenne des pays de l’OCDE et ne rétabliront pas l’attractivité de l’Hôpital public pour les personnels soignants. Il s’agit donc d’être beaucoup plus ambitieux aussi, sur le plan de ces revalorisations.

Au delà des mesures salariales, les conclusions du “Ségur de la santé” qui seront annoncées par le Ministre de la santé, Olivier Véran, dans les prochains jours seront déterminantes pour la survie de l’Hôpital public, pour l’instant ces premières mesures ne sont guère plus qu’un placebo qui ne sauvera pas notre système de santé, lequel pourrait, là réside pour nous une grande inquiétude, ne pas parvenir à faire face à une nouvelle crise sanitaire.