Pole d'expertiseTravaux et publication de Colin Alberto

Pour une écologie politique, rationnelle et populaire

par Colin Alberto, professeur de Sciences économiques et membre du Pôle d’expertise des Patriotes

L’écologie est aujourd’hui un thème récurrent des discours politiques, et une valeur qui se diffuse de plus en plus largement dans la population française. Pourtant, sous des apparences consensuelles, c’est un objet politiquement maltraité, qui masque parfois des conceptions idéologiques douteuses: libérales-mondialistes d’un côté, réactionnaires de l’autre. C’est pourquoi aux Patriotes notre conception du monde nous amène à défendre une écologie politique, rationnelle et populaire.

I. Pas d’écologie sans politique

L’écologie est un thème qui semble faire consensus: qui pourrait être pour la pollution des terres, des mers et de l’air? Qui pourrait soutenir la dégradation de notre cadre de vie, l’extinction des populations animales, ou encore le dérèglement climatique? De nombreux mouvements écologistes profitent de ces apparences de bon sens pour nous vendre une écologie dépolitisée, réduite à sa dimension morale. Pourtant, la récupération de leurs combats est bien politique, elle! Ainsi des mouvements animalistes qui, souhaitant protéger toute vie et réduire au maximum toute souffrance, en viennent à défendre la modification génétique du règne animal pour en supprimer toute pulsion d’agressivité! Ainsi des activistes vegan qui acceptent les subventions de lobbies américains ayant intérêt au développement de la viande de laboratoire!

L’écologie n’est pas une question morale, parce que la nature n’a pas de morale. Les animaux, le climat, les océans, ne sont ni bons ni mauvais en soi: il n’y a que l’homme pour attribuer ces catégories aux évolutions de son environnement. En revanche, l’écologie est une question politique, parce que les problèmes qu’elle soulève tiennent à l’organisation des sociétés et des économies. La pollution, la maltraitance animale, le dérèglement climatique sont liés aux modes de production, à la course effrénée au profit et au court-termisme qui caractérisent le capitalisme financier, au mondialisme qui multiplie les échanges à longue distance et les flux en tout genre. Traiter la question écologique, c’est donc prendre position sur ces sujets: que voulons-nous produire comme richesses? Vers quels secteurs devons-nous envoyer nos énergies pour préserver le cadre de vie et la santé des générations futures? Peut-il y avoir un capitalisme “vert”? Comment éviter que l’écologie ne soit pas synonyme d’augmentation des inégalités?

En l’occurrence, faire le choix de l’écologie, c’est nécessairement faire le choix du patriotisme. C’est au niveau des Etats, et donc des nations, que les leviers d’action sont les plus efficaces, comme le montrent les échecs réguliers des conférences internationales et autres grand messes où le faste des déclarations finales peine à masquer l’indigence du résultat. On peut également constater que la construction européenne nous engage dans une voie anti-écologique, avec ses innombrables accords de libre-échange consistant à trimbaler les marchandises d’un bout à l’autre du monde, tout en supprimant les normes environnementales qui nous empêchent d’importer des produits néfastes d’un point du vue environnemental. On a beau jeu de faire voter ensuite des “paquets énergie climat” inadaptés aux particularités de chaque Etat membre! Ainsi, contrairement à ce que veulent nous faire croire les apôtres du gouvernement mondial, pour qui l’écologie n’est qu’un prétexte permettant d’asseoir encore davantage leur domination oligarchique, le mondialisme et l’écologie sont inconciliables.

  1. Contre la religion écologiste, pour une écologie rationnelle

            Les questions écologiques sont des questions politiques, mais ce sont aussi des sujets techniques, qui doivent être traitées avec l’outil de la raison, en sortant de toute approche de type religieuse. Il peut sembler au premier abord curieux d’associer écologie et religion: les partis écologistes ne sont pas connus pour leurs liens avec une quelconque Église, pas plus que les électeurs “verts” ne témoignent d’affiliations religieuses, au contraire. Et pourtant, on ne peut que déplorer que le traitement de la question écologique se fasse dans une logique qui rappelle fondamentalement les comportements religieux.

            Ainsi, l’écologisme a ses tabous (les solutions technologiques, la nation…), ses récits (la nature comme monde harmonieux, cohérent et équilibré), ses sacrifices pour apaiser les dieux (les milliards d’euros jetés en pure perte dans les subventions aux énergies renouvelables, les millions d’euros investis dans des plans vélo inutiles…), sa morale (il ne faut pas modifier la nature, tout ce qui est vivant est bon…), et même parfois sa déité (la Nature, mère aimante mais vengeresse, qui nous punirait de nos péchés à coup de catastrophes naturelles et de Covid 19). Première victime de l’approche religieuse de l’écologie en France: le nucléaire. Alors qu’il s’agit incontestablement de l’une des meilleures sources d’électricité bas carbone, et qu’il permet déjà à la France de produire plus de 70% de son électricité, les mouvements écologistes ne cessent de militer pour sa fermeture, dans une logique qui n’a rien de rationnel si l’on admet que le changement climatique est certainement le principal défi écologique du siècle à venir. Ainsi, on a encore vu des partis comme EELV ou LFI regretter à l’issue de la Convention citoyenne sur le climat que n’ait pas été abordé le sujet du nucléaire, pour fermer des centrales évidemment! Au contraire, une approche rationnelle nous incite à sélectionner nos sources d’énergie selon l’objectif à atteindre: si nous voulons contribuer plus faiblement aux émissions de CO2, ce n’est peut-être pas à l’électricité qu’il faut s’attaquer puisqu’elle est déjà largement décarbonée, mais aux secteurs des transports ou de l’agriculture, qui utilisent massivement des énergies fossiles…

            Si nous voulons affronter sérieusement les défis à venir, il nous faut traiter les problèmes avec logique et méthode, en refusant les dogmes et les refus idéologiques, mais avec confiance dans les capacités humaines à résoudre les problèmes qui s’offrent à lui, pour peu que lesdits problèmes soient bien posés.

  1. L’écologie de demain doit être une écologie populaire

Le mouvement des Gilets Jaunes l’a montré de manière éclatante: on ne peut pas faire de l’écologie contre le peuple. Il est si facile de mettre en place des réformes écologiques antipopulaires: il suffit de taxer les produits polluants tout en soutenant trop faiblement les alternatives. Ce seront alors les plus pauvres qui passeront à la caisse pour leur voiture diesel, pour leur maison mal isolée, pour leur consommation de viande et pour leurs gaspillages énergétiques, quand les plus aisés jouiront de leur voiture électrique, de leur maison passive, de leurs restaurants végétariens et de leurs panneaux solaires, bichonnés par ailleurs par de multiples subventions. Toutefois, une politique écologique qui souhaite restreindre les productions néfastes aura nécessairement un coût: il faudra peut-être taxer les usages excessifs, et accepter de payer plus cher pour avoir accès à des produits de meilleure qualité environnementale. Il faudra donc trouver des contreparties à ces mesures: par exemple différencier la taxation en fonction des revenus ou des quantités consommées, obliger à la rénovation des logements à la charge des propriétaires, ou encore relocaliser la production de nombreux biens, afin de favoriser l’emploi national. Bref, il est indispensable de faire en sorte que les classes populaires ne sortent pas perdantes des réformes écologiques.

Une écologie populaire doit par ailleurs le dire avec force: nous n’accepterons pas que le programme politique en matière d’écologie consiste en une baisse significative de notre niveau de vie. Nous ne pouvons pas proposer aux Français, et en particulier aux plus modestes, de s’acclimater à l’idée que leurs enfants vivront moins bien qu’eux. Nous ne pouvons pas demander à notre jeunesse de renoncer à ce qui a fait la belle vie de leurs parents, pour des résultats qui ne seront visibles que pour leurs enfants ou petit-enfants. Cette vision pessimiste, voire mortifère, ne peut amener qu’à la paralysie et au défaitisme. Au contraire, affronter les problématiques environnementales suppose de fixer un cap positif, et un défi mobilisateur à la population française. Notre inventivité collective et nos ressources triompheront des embûches! Avoir confiance dans nos capacités, en s’appuyant sur le meilleur de notre histoire politique et industrielle, c’est aussi cela, le patriotisme.

En conclusion les Patriotes sont, comme tout citoyen, préoccupés par l’environnement et par le souci de transmettre à nos enfants un monde où il fait bon vivre. Toutefois, notre écologie n’est pas une écologie de slogans ni une écologie de fin du monde. Elle ne se reconnaît pas dans la vision portée par la plupart des groupes militants dits “écologistes”. Contre les manipulateurs de la cause environnementale et les anti-humanistes, notre tâche est d’identifier lucidement les sources des maux qui nous affligent et de nous battre pour que l’écologie soit la condition des progrès scientifiques et sociaux de demain.